EDITORIAL


Le Monde de Verlaine vous souhaite une bonne rentrée ! LMV vous encourage aussi à le suivre, voire à participer à ses activités les jeudis et vendredis midis !



ÉDITORIAL

Le Monde de Verlaine a deux objectifs : permettre aux élèves de s'exprimer sur l'actualité (au sens très large) et les éduquer aux médias.

Ainsi, tous les jeudis et vendredis, en salle 5, de 13h à 13h50, sous la direction de Mme Dandois et de M. Aupée, les élèves volontaires pourront venir écrire sur un sujet d'actualité de leur choix (international, national, régional, Évrecy, collège). Ils pourront aussi écrire un article "coup de cœur" ou participer à la Web-TV, La Télé de Paul.

En outre, les enseignants du collège et des écoles du secteur pourront également proposer à la publication des travaux d'élèves réalisés en classe afin de les mettre en valeur.

vendredi 29 juin 2018

Les aventures de Célestia (Chapitre 15)

Mardi dernier, Maëlys Cosson a reçu quelques exemplaires de son roman que vous pourrez emprunter au CDI (lire l'article à ce sujet). Toutefois, Le Monde de Verlaine s'est engagé à publier les trois derniers chapitres de son livre pour le plus grand bonheur de ses fans !!! Voici un peu de lecture pour le dernier week-end avant les vacances, le 15e chapitre des Aventures de Célestia.



CHAPITRE 15

                 Je reste sans voix devant cette réponse. Les chimères, les licornes et les fées criminelles, les chats renégats, les dragons, les tigres à dents de sabre et toutes les autres affreuses créatures seraient là pour me tuer ? Toute cette armée ? Je déglutis péniblement, je ne sortirais jamais vivante de cet endroit. Je vois le visage de mon amie rose se décomposer, elle ne trouve rien à dire. Moi, j'éprouve une résistance, comment ose-t-elle me chercher comme cela ? Je sais que c'est une déesse mais elle n'a pas le droit de décider de ma mort ! Et je déteste le calme dont elle fait preuve en prononçant ces paroles, comme si ma vie n'avait aucune importance. Elle continue :

« Eh bien Célestia, je te sens en colère, y a-t-il un problème ? »

Je me retiens d'attraper mon arc et de lui décocher une flèche entre les deux yeux. Au lieu de cela, je l'interroge :

« Pourquoi m'en voulez-vous autant ?
-Ah ! Je vais te le dire. Si tu vas un jour dans le temple des dieux d'Hercaliazie, là où siègent tous les dieux, tu verras un bâtiment qui abrite un magnifique arbre généalogique et tu pourras le consulter. Tu verras alors toutes les familles de dieux, celle de la mythologie grecque et celle de la mythologie égyptienne. Un jour, j'ai vu mon cher Osiris pénétrer dans ce bâtiment avec cette autre déesse, Artémis. Je me suis immédiatement doutée de quelque chose et je l'ai suivi discrètement, me cachant derrière des statues quand il le fallait. Là, j'ai découvert qu'ils trafiquaient l'arbre avec de la magie. Lorsqu'ils sont partis, j'ai vu un nom inscrit qui s'effaçait déjà, mais c'était trop tard, je l'avais vu, ce nom reliait Osiris et Artémis, et c'était celui de Célestia. Ainsi, mon Osiris me trompait avec une autre ! Nous étions pourtant heureux, Horus, Osiris, moi et toute la famille égyptienne mais non ! Il a éprouvé le besoin de trouver une autre femme, et qui plus est une grecque ! Mais ce n'est pas tout, il a eu un enfant, un enfant avec une déesse grecque qui avait fait le serment de virginité ! Les deux devraient être bannis ! Et toi Célestia, je t'ai tout de suite méprisé, une espèce de déesse hybride, tu n'es rien, à tel point que je ne prononçais jamais ton nom, tu étais l'Autre, la déesse impure ! Je te hais, je te hais si fort que j'ai conçu un plan pour t'amener à moi et te détruire. Il a parfaitement fonctionné et maintenant ton heure est venue ! Tu n'aurais jamais dû naître sale hybride ! »

La violence et la signification de ces paroles me font l'effet d'une douche froide. Moi, une déesse ? Je ne peux pas le croire. Artémis et Osiris, mes parents biologiques ? C'est impossible. Mille et une questions me font tourner la tête si bien que dans le coin le plus sombre de la pièce, je ne remarque pas que les dieux enfermés ont repris leur forme humaine. Lizzie me prends par les épaules pour me soutenir, dans ses yeux je vois qu'elle avait tout deviné avant même qu'Isis ne me l'avoue. Elle acquiesce d'un hochement de tête. Elle semble me dire de garder courage, que tout ira bien. Je m'apaise un peu. Oui, Osiris, dieu du Royaume des Morts et médecin hors pair et Artémis, déesse de la chasse et de la nature sauvage sont mes parents biologiques. Étrangement, je me sens libérée d'un poids, comme si le fait de savoir tout à coup quelles sont mes origines avait provoqué un déclic en moi. Je suis la fille de deux dieux, ce qui fait de moi une... déesse ? Curieusement j'ai beaucoup plus de mal à accepter cette idée, moi, une déesse ? Malgré cela, je comprends désormais d'où me viennent toutes mes capacités, le tir à l'arc, la médecine, mes réflexes, mes conversations avec les animaux sauvages et cette rage qui m'habite parfois. Toutes ces choses viennent de mes parents, cependant, je sais que les personnes que je reconnaîtrais toujours comme ma famille sont Frank et Sandrine, ceux qui m'ont adoptée et élevée. J'ai toujours voulu savoir qui étaient mes « vrais parents » mais finalement, ce sont eux, et cela ne changera jamais. C'est la première fois que je me rends compte de cette vérité et pourtant je le savais depuis le début.

Je risque un dernier coup d'œil vers la cage, deux personnes se tiennent maintenant dans celle-ci. L'homme, Osiris, est grand, arbore une barbe postiche et une peau verte, oui, verte, plus rien ne m'étonne dans ce monde. La femme, Artémis est plus petite mais quelque chose me saute aux yeux, je lui ressemble énormément, ses cheveux sont pareils aux miens, tout son visage est le même que moi sauf ses yeux, d'un brun intense. Je n'ai plus aucun doute, cette déesse est ma mère.

Isis intervient :

« Je suis désolée d'interrompre ces retrouvailles mais je crois qu'il est temps de tuer Célestia devant les yeux de ses très chers parents. Ce sera la dernière étape avant leur mort à eux aussi.
-Isis, je vous en prie, dit Osiris d'une voix rauque où pointe la fatigue, laissez-moi vous expliquer...
-M'expliquer quoi ? Vous m'avez trompé, il n'y a rien à expliquer !
-Reine Isis, tuez-moi si vous le voulez, j'ai eu une belle et longue vie, mais épargnez ma fille, elle n'a rien fait de mal, demande Artémis de sa voix douce et mélodieuse.
-Toi, tu n'es même pas capable de respecter un serment, crois-tu que je vais épargner quelqu'un ? Jamais ! Il pourrait répandre la rumeur et je serais définitivement déshonorée !
-Je n'ai pas trahi mon serment ! réplique ma mère.
-Mais bien sûr et tu ne connais pas non plus mon mari ! »

Cette fois, Artémis ne dit rien. Elle a pris ma défense ; venant d'une déesse, c'est un geste plus qu'étonnant. Mais Isis, qui estime sûrement que l'heure est venue, s'avance vers moi pour me faire subir sûrement quelques tortures. J'arme mon arc. Elle s'arrête un moment, surprise :

« Tu as un culot immense toi, et tu crois faire le poids contre moi ? Laisse-moi rire. »

Je me fiche de ce qu'elle pense, tout ce que je sais, c'est que je ne veux pas mourir aujourd'hui. Lizzie brandit sa massue à mes côtés. Même à deux, comment peux-t-on gagner contre une déesse et une armée ? Comme si elle lisait dans mes pensées, Isis envoie trois chats renégats sur nous, ah non ! Pas ces bestioles !

Je plante une flèche dans les yeux de mes ennemis, pour Myo ! Ils s'écroulent. Isis hausse les sourcils et envoie un tigre à dents de sabre sur moi. Ses dents sont immenses et font presque la taille de mes bras. Une flèche le met à terre. Je ne mourrais pas et Lizzie non plus. Je sens que je commence à agacer fortement la sale déesse. Cette fois c'est un dragon, deux licornes et trois fées criminelles qui s'élancent pour me tuer. Ils finissent tous en charpie. Pour le moment, je ne rencontre pas trop de difficultés. Alors, l'affreuse reine manipulatrice envoie une troupe de chaque espèce de forces maléfiques sur Lizzie. Pas question de blesser mon amie ! Je me bats à ses côtés, un dragon se lance sur moi et crache une colonne de feu qui passe à deux centimètres de mon visage. Je repère une faille dans sa cuirasse et décoche mes flèches une par une à une vitesse hallucinante. Il s'écroule. C'est alors que Maotys se jette sur moi et nous roulons jusqu'à la cage de mes parents. Il brandit son épée et essaie de me donner des coups mortels, j'enchaîne les esquives sous les yeux des deux dieux disparus, mon ancien compagnon n'éprouve rien lorsqu'il combat, moi, je ne peux pas me résoudre à le blesser. Des larmes coulent de mes yeux, je ne pourrais jamais me défendre contre lui et les esquives ne durent jamais longtemps. Je me mets à terre et le fauche pour qu'il tombe, puis, je retourne aider Lizzie. Elle peine contre tous ces adversaires et de nouveaux arrivent en masse. Du coin de l'œil, j'aperçois Maotys qui se relève péniblement. Je me décale et trouve un endroit hors de sa vue pour tirer autant de flèches que possible.

Lizzie est blessée, son visage, ses bras et ses jambes saignent abondamment, elle titube. Je me poste à côté d'elle pour la protéger autant que je le peux mais le nombre de forces maléfiques est trop élevé, bientôt je m'épuiserais moi aussi. En plus de cela, je vois mon ami traître se ruer sur moi, je ne peux pas décocher des flèches et esquiver ses attaques en même temps, cette fois, je crois bien que c'est la fin. Mais, avant que l'épée du jeune homme ne me transperce le corps, Élise se jette sur lui et lui crie des paroles que je n'entends pas dans le chaos ambiant. Elle a donc décidé de prendre mon parti ? Je l'espère, je me suis tellement attachée à elle dès le départ... Mais le temps n'est pas à la nostalgie, les adversaires affluent, de plus en plus nombreux et de plus plus en plus puissants. À trois, nous n'arriverons jamais à les battre, et même si nous y parvenons, comment vaincre Isis ? Une idée me vient, mais oui pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Avec l'aide des dieux, ce devrait être un peu plus équilibré. Je coure vers la cage qui les enferme, un cadenas la bloque, comment l'ouvrir ? Je cherche une solution et croise le regard d'Osiris, il me montre la clef, elle est à l'autre bout de la pièce, accrochée au mur. Je pourrais facilement l'attraper si la pire des déesses ne se trouvait pas sur mon passage. Je n'ai pas le choix, je dois l'attaquer. Je sais que cette décision est la plus folle et la plus risquée de toute ma vie, mais je dois délivrer mes parents. Je m'avance et tire une flèche sur la déesse, lorsque celle-ci s'aperçoit que quelqu'un l'agresse, elle se tourne dans ma direction et je sens sa rage emplir la pièce. Elle tend le bras et un pouvoir m'attire dans sa direction, se servant de ce même pouvoir, elle me projette sur le mur opposé, celui où est accrochée la clef. Je m'en empare, bravant cette étrange chose qui m'empêche de faire le moindre mouvement. J'ai mal dans tout le corps et je me sens défaillir sous la pression que la déesse exerce sur moi mais je dois résister, je dois aider mes amis. Rassemblant toutes mes forces, je me relève devant la grande Isis. Elle est étonnée et très en colère, je le vois dans ses yeux, dans sa posture, tout son corps trahit ses émotions. Un tilt se fait dans ma tête, c'est cela, je dois me servir de ses émotions ! En réfléchissant à cette idée, je vois soudain des lueurs de toutes les couleurs émaner de son crâne, je devine que chaque couleur correspond à un sentiment. Je sais que je suis la seule à voir ces bandes colorées. Il faut que je les façonne, que je les organise pour rendre la femme inoffensive. Ce doit être très compliqué. Je tends la main vers elle pour mieux capter ses sensations ; la rage, la haine, l'indignation, le mépris, l'impatience sont les principales mais je pousse encore plus loin ma recherche, le brouhaha ambiant et les cris d'Isis qui ne cesse de répéter : « Que fais-tu, tu ne peux pas me battre ! » disparaissent et je trouve des émotions étonnantes : la peur, non la terreur, la tristesse, la fatigue et la honte. Je sais ce que je dois faire, je ne saurais comment l'expliquer mais je parviens à me saisir de ces dernières bandes et à les tirer vers le haut, pour les faire remonter dans la conscience de mon adversaire. Ainsi, tous les premiers sentiments comme la fureur font place à ceux que j'ai choisis. Mon travail est terminé. La déesse s'écroule en même temps que moi. Cet effort m'a épuisé mais le résultat y est, Isis est réduite à une femme désespérée, exténuée et honteuse. Elle n'exerce plus aucun pouvoir sur moi ni sur personne d'autre. Je me lève et cours ouvrir la cage. Les deux dieux me dévisagent longuement, comme s'ils me jaugeaient et je vois leurs traits se revigorer, leur fatigue s'évaporer, ils ne sont plus enfermés et sous le contrôle de quelqu'un, ils ont retrouvé leur force. Artémis et Osiris se jettent dans la bataille et utilisent leurs pouvoirs pour tuer tous les ennemis venant à eux. Je scrute la cave à la recherche de mes amis. Lizzie se bat, son énergie décuplée en voyant les dieux de notre côté. Où sont Élise et Maotys ? Je les cherche mais ne trouve qu'Élise, se battant contre une licorne, les yeux embués. Qu'est-il arrivé à son frère ? Je reprends le combat, nettement moins intense que quelques minutes plus tôt. En voyant leur maîtresse à terre et à se morfondre, les forces maléfiques font lentement demi-tour. Nous les suivons jusqu'à ce qu'il n'en reste plus aucune dans la cave et je ferme la porte. Il y en a certainement énormément en dehors d'ici, je me demande comment nous allons pouvoir sortir sains et saufs de cette immense caverne.

Je vais voir Élise et l'interroge sur son frère. Elle répond que lorsqu'il a vu que sa sœur était à mes côtés, il était parti. Je remarque qu'Antor, le conseiller d'Isis a également déserté. Cela m'inquiète mais pour le moment je remercie la jeune fille bouleversée.

« Je m'excuse Célestia, je savais depuis le début ce que manigançait mon frère mais je n'ai pas osé le dire.
-Ne t'inquiète pas El, à ta place, je n'aurais jamais été si courageuse, je ne sais pas si j'aurais trouvé la force de m'opposer à mon frère.
-Tu sais, Isis nous a permis de survivre à notre arrivée en Hercaliazie, c'est pour ça qu'on était prêts à tout pour la satisfaire. Quand elle nous a dit qu'elle avait attiré une chose qui lui avait causé beaucoup de soucis et qu'elle nous demandait de l'amener jusqu'ici, nous voulions l'aider tu comprends, mais quand j'ai appris à te connaître...
-Je vois, alors c'est elle qui a envoyé les chimères à mon arrivée, tout était prévu et calculé avant même que je n'atterrisse ici. C'est aussi sûrement elle qui a attisé ma curiosité sur cette porte bleue dans l'usine où travaille mon père...»

Osiris se racle la gorge, je me tourne vers lui, ah, je comprends, oui évidemment je ne parlais pas de lui quand je disais mon père je bredouille :

« Heu, enfin quand je parlais de l'usine de mon père ce n'était pas vous, je parlais de celui qui m'a élevée... Oh, mais je ne vous en veux pas hein ! Je suis désolée si je ne me fais pas comprendre... »

Je vois qu'Artémis se retient de rire, elle pose son bras sur mon épaule :

« Ne t'inquiète pas Célestia, Osiris fait son dieu imposant autoritaire mais au fond il est très doux. Je tiens à m'excuser pour tous les problèmes que nous t'avons causé ma petite, je dois t'expliquer certaines choses mais pas ici, c'est trop inconfortable et je crois que cet endroit nous rappelle à tous de mauvais souvenirs n'est-ce pas ?
-Et comment comptes-tu sortir d'ici avec les trois filles ? On ne va quand même pas encore utiliser nos pouvoirs pour les aider... répond le dieu.
-Pourquoi pas ? De toute façon je crois qu’on n’a pas le choix...
-Et Isis ?
-On va aussi la téléporter, mais au temple.
-Pff... Très bien. »

Osiris lève les yeux au ciel. Les dieux m'expliquent qu'ils vont nous téléporter au palais d'Hercalias où nous devrons attendre les autres divinités là-bas car nous n'avons pas le droit de pénétrer dans leur temple.

Avant de le faire, Osiris va voir Lizzie, son état est préoccupant, elle est blessée sur tout le corps et sa respiration est saccadée. L'homme vert l'ausculte, semble hésiter puis active sa magie. Petit à petit, je vois les blessures disparaître et la jeune fille reprendre un teint normal. Elle se relève, encore griffée et mordue de partout mais les plus gros dégâts ont été réparés. Je remercie silencieusement le dieu pour l'avoir soigné.

Osiris l'entraîne ensuite près de nous et incline la tête pour nous prévenir que nous partons :

« Attention, vous risquez d'avoir mal aux yeux. »

Je jette un regard inquiet à Lizzie, qui me renvoie le même. Les deux dieux lèvent les bras et une lumière aveuglante fuse dans la pièce, je tourne la tête, éblouie.

Des bruits de couverts parviennent à mes oreilles. La tête me tourne un peu mais je rouvre les yeux et regarde autour de moi, nous sommes dans la salle à manger du palais de Lizzie, entourés de personnes ébahies. Isis n'est pas avec nous, elle doit déjà être dans le temple des dieux, au centre de l'île. Mon amie rose, elle, ne voit que son père, elle lui saute dans les bras. Je souris devant ce spectacle, j'ai enfin l'impression d'être en sécurité. Le transmetteur converse avec mes parents et annonce :

« Mesdames, messieurs, je suis ravi de vous annoncer que les dieux disparus ont été retrouvés et que les activités des forces maléfiques ont été découvertes ! Ce faisant, je vais tout de suite exiger une audience d'urgence avec le conseil. Pendant ce temps mes amis, profitez avec nous du festin !
-Merci beaucoup monsieur », dis-je.

Je suis Lizzie et Élise à une place et commence à manger, comme j'ai faim ! Cependant seulement quelques bouchées suffisent à me rassasier, peut-être me suis-je habituée aux petites quantités... Lizzie m'informe que la chambre dans laquelle je logeais il y a quelques temps m'est toujours réservée, elle se retire pour soigner ses dernières blessures dues à la bataille que nous avons remporté.. Je décide donc d'aller me reposer dans cette pièce.

La chambre est restée telle que dans mon souvenir, le même lit, les mêmes murs, c'est exactement la même, mais la dernière fois, je n'étais pas seule ici, Myo était à mes côtés. Soudain, une grande tristesse m'envahit, je m'écroule à terre et pleure, je pleure toutes les larmes de mon corps. Myo, mon pauvre Myo... Je reste ainsi, pendant longtemps, seule et le cœur meurtri.

Mes larmes cessent de couler et je me sens un peu mieux. Pour faire disparaître toute trace de mon chagrin, je décide de prendre une douche. L'eau chaude va me détendre et je vais enfin pouvoir me sentir propre. En me lavant, je réfléchis à tout ce qui s'est passé depuis que nous avons rencontré Antor. Il nous a emmené dans la cachette d'Isis et des forces maléfiques où nous avons fait la rencontre d'une déesse jalouse et dangereuse. Elle m'a tout de même révélé certaines choses, notamment l'identité de mes parents biologiques que j'ai délivrés mais aussi sa manipulation pour me détruire. Elle nous a raconté son histoire. J'ai aussi découvert avec horreur que mes amis Maotys et Élise étaient à sa solde depuis le début. C'est pour cette raison qu'ils ont tant insisté pour m'accompagner dans la quête. Malgré tout, Élise a fait preuve d'un immense courage et s'est dressée contre son frère pour me protéger. Je me suis battue contre énormément de choses dont une déesse, là, je me suis découvert un nouveau pouvoir, celui de façonner les émotions de quelqu'un pour qu'il ne représente plus de danger? Puis, je suis rentrée dans le palais d'Hercalias par la téléportation et je suis arrivée, vivante même avec toutes mes aventures. Étrangement, je n'ai pas trop de mal à accepter tout ce qui s'est passé sauf une chose, le fait que si mes deux parents sont des dieux, je suis moi aussi une sorte de déesse. Comment m'a appelé Isis déjà ? Une déesse hybride. Je me demande si c'est une insulte, je crois bien que ce n'est pas très sympathique. En même temps, d'après ce que j'ai compris, les deux familles de divinités se côtoient mais ne s'aiment pas beaucoup, je serais alors la première en mon genre. Non mais moi, une déesse ? Trop bizarre !

Je sors de la douche propre et un peu plus détendue. Et maintenant ? J'enfile une tenue grecque comme j'en ai pris l'habitude et me regarde dans la glace, moi, une déesse ? Avec mes grands yeux, et mes cheveux de lionne, tiens oui, mes cheveux parlons-en, ils ont tellement poussé ! Je les coiffe longuement, ils sont secs et malmenés, je déteste lorsqu'ils sont dans cet état ! On toque à la porte, me sortant de mes pensées. Je l'ouvre et tombe nez à nez avec Élise et Lizzie, magnifiques et élégantes. Elles entrent dans la chambre et me grondent :

« Cel, tu n'es pas du tout prête pour l'audience, dépêche-toi, les dieux ne vont pas tarder !
-Ah oui, j'avais complètement oublié l'audience !
-Mais comment tu fais ? On n’oublie pas une audience avec les dieux ! » dit Lizzie.

Elles me font asseoir et commencent à me maquiller, me coiffer, remettre en place mes vêtements... J'ai l'impression d'être revenue au moment de ma première audience, l'effervescence était identique. J'ai beau dire que je peux très bien me débrouiller seule, elles continuent. C'est un peu exaspérant. À la fin, je me regarde de nouveau dans le miroir, c'est à peine si je me reconnais.

« Wouah ! Tu es trop magnifique Cel, on dirait une princesse grecque ! s'exclame Lizzie.
-Plutôt une égyptienne non ? rit Élise.
-Vous dites n'importe quoi ! Moi j'ai plutôt l'impression d'être à un bal costumé sur Terre ! maugréé-je, de mauvaise foi.
-Pff... C'est toi qui dis n'importe quoi, il va falloir que tu t'habitues à être une déesse et à avoir des pouvoirs incroyables, mais ne t'inquiète pas, pour nous, tu seras toujours la petite Célestia arrivée et perdue en Hercaliazie », plaisante Lizzie.

Je ris, vu comme cela, c'est plus facile à digérer. Depuis combien de temps n'ai-je pas ris ? Longtemps.

Je me fige, je vois une silhouette dans le miroir, juste au-dessus de moi, une silhouette de chat. Mon cœur fait des bonds dans ma poitrine. Je lève les yeux sous les regards étonnés de mes amies. Rien. Je les pose de nouveau sur la glace, la silhouette a disparu. Je suis certaine que c'était Myo. J'explique la situation aux deux filles perplexes.

« Ça c'est bizarre alors ! dit celle en rose.
-Je t'assure que je sais ce que j'ai vu.
-Mais ce n’est pas possible, tu ne peux pas voir des morts Cel ! Je te le dis, c'est bizarre...
-Pas tellement, intervient Élise, son père est le souverain du Royaume des Morts, je ne serais pas étonnée qu'elle puisse les voir et peut-être même communiquer avec eux.
-Quoi ! Mais c'est génial Cel ! Si ça se trouve, tu pourras parler avec ton chat ! »

Je prends le temps de réfléchir. Parler avec les morts... C'est plutôt glauque. Je frissonne, même si je suis capable de parler avec Myo, dans combien de temps le pourrais-je ? Je suppose que mes pouvoirs ne vont pas apparaître d'un coup. Honnêtement, je ne suis pas sûre que j'aime celui-ci, ce ne sera plus jamais pareil avec mon chat même si j'arrive à lui parler, je ne pourrais plus le prendre dans mes bras, le caresser, dormir avec lui, plus rien... Je sens les larmes me monter, non, je ne veux pas pleurer ! J'en ai assez de me morfondre. Je me lève, de toute façon, il n'est plus temps de penser à ceci, l'audience avec les dieux risque d'être mouvementée, j'espère qu'ils ne vont pas être trop en colère contre moi. Une boule se forme dans ma gorge, comment vont-ils prendre les nouvelles ? Je sens le stress envahir mon corps et mes jambes commencent à trembler.

« Détends-toi Célestia, normalement, tout va bien se passer, après tout tu as mené à bien ta quête et résolu la mienne aussi », me réconforte Élise.

Elle n'a pas tort, il n'y aucune raison de stresser, après tout, je n'ai rien fait de mal, au contraire, j'ai terminé ma quête, ce n'est pas de ma faute si je suis issue de deux dieux…

Un des domestiques de Lizzie toque à la porte et annonce que l'heure est venue de nous présenter au conseil. Je remets en place une dernière fois mes cheveux. Allons-y. 

A suivre...

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